L'intermittence sans droits sociaux a un nom : c'est la précarité
Par Collectif le jeudi 27 septembre 2007, 12:39 - Lien permanent
Ce que nous avons en commun ce soir, ce n’est pas uniquement un spectacle, ni un combat pour que le spectacle ait lieu : c'est un combat pour ce que seront nos vies - les nôtres comme les vôtres - dans les années à venir.
Nous le constatons : l’emploi précaire n'est plus aujourd'hui l’apanage
des professions artistiques. Aujourd’hui, chacun se doit d’être disponible,
flexible, « investi dans le projet », susceptible de travailler pour
plusieurs employeurs, avec des contrats à durée déterminée, pour des
rémunérations variées. En un mot, beaucoup de salariés sont ou seront invités à
travailler par intermittence.
C'est bien parce que les annexes 8 et 10 permettaient d’allier des aléas
professionnels inévitables avec des droits sociaux qu’elles ont été démantelées
par le Médef et la CFDT. Il s’agissait de mettre à bas un système
d’indemnisation du chômage mutualiste, qui avait pour principal défaut de
constituer un exemple pernicieux pour tous les travailleurs précarisés.
L'intermittence sans droits sociaux a un nom : c'est la précarité.
Nous le disions : le protocole de
2003, dont la signature a entrainé un mouvement de protestation sans précédent,
a détruit ce modèle et vidé de tout contenu le système de l’intermittence.
Après trois ans de débats, de grèves, d’annulations de festivals,
d’interpellations des ministres successifs, d’occupations, mais aussi
d’expertises, de propositions, de dialogues avec des élus, les mêmes
gestionnaires de l'Unedic qu’en 2003 signent en 2006 un copié-collé du document
qui a mis le feu aux poudres.
Nous le répétons : l’application de ce nouveau protocole entrainera l’exclusion d'un tiers d'entre nous du système, c'est-à-dire de 30 à 40 000 personnes. Ce dégraissage du secteur culturel bénéficiera essentiellement à ceux qui travaillent le plus régulièrement et avec les meilleurs salaires : ceux-là pourront continuer à accumuler salaires et indemnités Assedic de luxe. Les autres, les plus fragiles, ceux qui prennent le plus de risques, ceux qui ont le plus besoin d’aide, seront invités à s'inscrire au RMI.
Nous réclamons depuis des années une réforme des annexes 8 et 10 régissant le sort des intermittents. La Coordination des Intermittents et Précaires a élaboré un Nouveau Modèle d'indemnisation, plus juste, plus mutualiste, approprié à nos pratiques d'emploi, et dont les principales lignes ont été reprises par des syndicats et des parlementaires de tous partis, au sein du Comité de suivi. Et pourtant, la discussion devant l’Assemblée Nationale de la Proposition Parlementaire de Loi, qui en était l’expression, a été interrompue par le président du groupe UMP par un artifice de procédure, sans autre forme de procès.
À quoi servent les instances démocratiques si la voix des intéressés, des organisations représentatives, des élus ne parvient pas à se faire entendre ?
Où et quand nous ferons-nous entendre ?
Le protocole signé le 18 avril 2006 par la CFDT et le Médef n’est pas un système d’indemnisation du chômage des intermittents. C’est un mécanisme pervers destiné à faire disparaitre du champ social ceux qu’on considère comme des « assistés », et à intimider ceux qui restent par une politique de contrôle accru. Il faut savoir en effet, que sous couvert de « lutte contre les abus », la CFDT a conditionné sa signature de son accord avec le Médef à l’application d‚un contrôle accru des intermittents et des compagnies qui les emploient. Ces contrôles font planer sur l’ensemble de nos activités un parfum de suspicion, et pénalisent les plus ordinaires de nos pratiques.
Dociles, à la merci d’un marché culturel livré à lui-même, isolés, incapables de penser plus loin que nos 243 jours d’indemnisation, voilà comment on nous veut.
L'intermittence n’est pas un douteux privilège, et elle n’est plus l’apanage du spectacle.
Elle vous concerne autant que nous.
Notre avenir sera la solidarité que nous inventerons ensemble.